Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 18:43

Longtemps, nous avons eu peur du Diable.

Du tympan de Conques au Musée des Ames du Purgatoire à Rome, du bénitier de Rennes le Château aux récits des possédées de Loudun, ses représentations effraient, traduisent l'effroi, peuplent nos rêves, amusent, font l'objet d'études savantes. 

 

Le Diable a toute sa place dans une méditation prolongée sur la peur. 

Le Diable et ses représentations.

Le Diable et l'histoire de ses représentations...

Denis Favennec, historien d'art, mathématicien, vénitien et  bordelais, nous exposera cette histoire.

Le Diable montrera ses visages, donc les nôtres.

Denis Favennec posera la question : qu'avons-nous à gagner au Diable ? 

Nous n'en dirons pas plus, ici.    

Rendez-vous au Vieux Temple de la Rue Pargaminières à Toulouse, le vendredi 25 mai, à 20 heures. Entrée gratuite.

 

 

P.S : Après la conférence de Denis Favennec, nous pourrons discuter autour d'un verre du choix d'un thème pour les Rencontres de l'année prochaine.

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Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 22:56

Il n'y a sans doute pas de progrès collectif sans prise de risques. Quand on innove à grande échelle, on ne sait jamais exactement ce qui va arriver, tant les intentions parfois sont suspectes et les effets ultimes imprévisibles. On a facilement peur. C'est souvent judicieux, mais la peur paralyse parfois. Grand débat actuel  : faut-il redouter les effets de développements scientifiques et techniques, régulièrement présentés comme des progrès, ou faut-il croire en ces développements ? Faut-il admettre, pour l'humanité, un certain degré de prise de risques ? Y-a-t-il des risques éthiquement admissibles ? Et par qui ? Et qui en décide ? Et par quelles procédures ?

 

Les temps heureux de la science paraissent finis. Après Tchernobyl, et aux jours de Fukushima, on ne saurait plus croire tranquillement que les avancées scientifiques et techniques produisent toujours l'amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. On a appris à se méfier. On s'inquiète énergiquement des OGM. On doute fort des bénéfices collectifs que pourrait apporter l'extraction des gaz de schiste. On constate avec angoisse que les transports, les industries, les loisirs qui exigent d'énormes dépenses d'énergie, transforment le climat de la Terre, et la rendront peut-être inhospitalière.

 

Notre maîtrise récente de quelques forces naturelles paraît conduire à une incapacité à maîtriser les conséquences de cette maîtrise. Or les bonnes vieilles sagesses de la mesure ne paraissent plus suffire. Il faut probablement repenser, à nouveaux frais, l'antique idée de prudence, parce qu'il s'agit moins de pratiquer une prudence d'individu, voire de petits groupes, qu'une prudence collective, qui doit récuser parfois les prudences d'individu. Quid faciamus ? Que faire ? Quels risques prendre, ou ne pas prendre ? Et pour qui ? Et pour quoi ?

  

Ces questions s'inscrivent dans la problématique de la peur que tente d'explorer notre "chantier de paroles", et elles sont une de ses parties les plus brûlantes : là, l'urgence paraît s'imposer; des choix dramatiques, qui engagent l'humanité, sont nécessaires, et exigent une méditation éthique. 

   

Deux intervenants ouvriront le débat et le nourriront.  

Marc Atteia, longtemps professeur de mathématiques à l'Université Paul Sabatier, militant antinucléaire depuis de nombreuses années, auteur d'un livre sur les technosciences et d'une brochure intitulée "Résister", combat l'indifférence des politiques et des citoyens. Il insistera sur l'importance des enjeux, sur la dimension catastrophique de ce qui s'est produit, peut se produire.

Jacques Arnould, ingénieur, théologien, philosophe, et qui travaille pour le Centre National d'Etudes Spatiales, nous fera part de ses réflexions longuement méditées sur les rapports entre éthique et risques techniques. La liste de ses ouvrages peut-être vue, par exemple, ici.

Les deux interventions seront suivies d'un débat de plus d'une heure, lui-même suivi par des échanges informels autour de quelques nourritures terrestres. 

La soirée commence à vingt heures, le mercredi 4 avril, au Vieux Temple de la rue Pargaminières à Toulouse. Elle est ouverte à toute personne désireuse de réfléchir, de s'instruire, de rencontrer, et de débattre. On risque peu à s'y rendre.       

 

 

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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 19:51

Tous les contes ne sont pas de fées, mais ils sont généralement de sorcières, d'ogres, d'ogresses, de loups, de crapauds, de serpents, de pères incestueux, de mères cannibales...  La mort y rôde. La violence y règne. La sexualité y est obscure, dangereuse, souvent proche du viol et de la dévoration. On se perd dans des forêts terribles. On se noie dans des rivières épouvantables. On rencontre des spectres, et l'on risque à tout moment de devenir monstre. Les personnages et les lecteurs ont peur, ou peuvent avoir peur. Etranges textes, parfois très anciens, et qu'on recommande volontiers aux enfants, qui se délectent apparemment de trembler en les écoutant, ou en les lisant.

Est-ce perversion des adultes ? Est-ce au contraire choix éducatif salutaire que de proposer, ou de se proposer, des contes, qui ne sont pas tous de La Fontaine, et donc plaisamment érotiques ?   

Lors de la prochaine soirée des "mercredis du Vieux Temple",  Françoise Boudou introduira deux interventions, celle de Jean-Luc Dusquesne, pédopsychiatre, médecin directeur du CMPP "le Capitoul" et celle de Josiane Bru, ethnologue, du Centre d'Anthropologie de Toulouse.

Pour Françoise Boudou, "les contes proposent un support pour l'imaginaire. Ils permettent une autre scène pour une élaboration de la peur et préparent la confrontation qui paralyserait le sujet face au réel". Ils sont, en ce sens, comparables aux "rites initiatiques".

Comment ? Selon quelles modalités ? Avec quels effets ?  Pourquoi les contes continuent-ils à nous intéresser, alors que nous vivons apparemment loin des forêts, des loups, des ogres, et des magies ?

Telles sont quelques-unes des questions que nous rencontrerons, et que nous aborderons, ensemble, lors d'une longue discussion après les interventions des spécialistes, qui attaqueront le thème avec des points de vue différents.

Chacun est invité à venir et à prendre la parole. Nous cherchons à réfléchir ensemble, à échanger, à partager nos doutes et nos convictions.

Après le débat, nous nous raconterons peut-être des contes, et nous ouvrirons sûrement quelques bouteilles.   

Mercredi 7 mars 2012, 20 heures au Vieux Temple de Toulouse, 70 rue Pargaminières.

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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 13:43

Il n'y a pas de cité sans peur. Il n'y a sans doute pas de politique sans peur. On l'a vu. On le verra. C'est une vieille histoire..

 

Il est également politique, en divers sens, d'employer la peur ou  de combattre la peur ou de créer la peur, voire des peurs. Affaire d'hommes d'état, de chefs, de peuples, de partis, d'opinion publique, de lobbys... "Si tu veux la paix, prépare la guerre"...  "Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent"... "N'ayez pas peur"...  "Il faut songer au principe de précaution"...     Autant de paroles, qui circulent au pays politique, et qui ont la peur pour origine.

 

Rien de plus moderne que les usages politiques de la peur, avec toutes sortes de moyens. Rien de plus nécessaire aussi que de combattre lpolitiquement la peur. Rien de plus effrayant que la peur devenue fanatisme, racisme, déluge de violences. Rien de plus inquiétant, peut être, que l'absence de toute peur, la sérénité hébétée du consommateur dans un monde qui croule. La peur est sans doute, comme la langue, la meilleure et la pire des choses. On le sent  bien en politique. On se doit d'avoir peur de la peur, mais aussi de son absence.

 

De ces questions, modernes et très archaïques, les mercredis du Vieux Temple vous invitent à débatttre dans le cadre de leur cycle sur la peur.

 

Hélène Breton, ancienne élue, bien connue dans la région de Toulouse, viendra nous parler de son expérience dans les divers postes de responsabilité qu'elle a occupés, et qui lui ont permis d'avoir des vues précises sur l'époque.

 

Lucien Buisson nous fournira un éclairage philosophique général, et proposera quelques cas concrets de lutte contre la peur. Il parlera, en particulier, de la Sécurité sociale. 

 

Yves Le Pestipon donnera lecture et commentaire deux deux fables de La Fontaine - Les Animaux malades de la Peste et un Animal dans la lune. Il en dira la problématique quant à la peur.

 

Ces brèves interventions ouvriront à un large débat, lui même suivi d'échanges autour de quelques  nourritures.

 

Vieux Temple de Toulouse, rue Pargaminières, mercredi 1er février, 20 heures, entrée libre.

 

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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 08:37

Le mercredi 7 décembre 2011, au vieux temple de Toulouse, s'est tenue une rencontre débat autour des "peurs de la fin du monde".

Jean-Pierre Nizet présente en quelques mots la soirée et les deux intervenants.

Yves Le Pestipon, professeur de classes préparatoires, résume le rapport 2010 que Miviludes a fourni au cabinet du premier ministre. Ce rapport, très riche, décrit les peurs apocalyptiques  qui traversent et animent un certain nombre de groupes plus ou moins sectaires en France et dans le monde.Beaucoup de ces craintes se concentrent sur l'année 2012, plusieurs prédictions venues des Mayas ou d'Orient semblant annoncer pour 2012 la catastrophe finale. D'aucuns sont convaincus que le monde finira le 21/12/2012, date en laquelle ils voient, par diverses opérations, le nombre 666. Les auteurs du rapport de La Mission interministérielle Miviludes analysent et détruisent les raisons de ces certitudes. Ils montrent les erreurs et les fantasmes qui les rendent possibles. Cependant, ils constatent que certains groupes emploient ces prédictions pour créer des comportements de dépendance chez certains individus, qui font, dans certains cas, craindre des tentations de suicide, comme il est déjà arrivé pour la secte de l'Ordre du Temple solaire. D'autre part, certains rassemblements liés à la fin du monde, en particulier au Pech de Bugarrach, dans l'Aude, font redouter des troubles pour l'ordre public. Yves Le Pestipon explique un peu précisément le phénomène Bugarrach, où des extras terrestres sont censés devoir sauver les populations présentes là le jour de l'Apocalypse... 

L'orateur montre alors qu'il faut distinguer entre peur de la fin du monde et peur de la fin d'un monde. Il constate que la peur de la fin d'un monde est très largement partagée en ce début de troisième millénaire. Les catastrophes économiques, sociales  et écologiques  annoncées font redouter de très graves crises, et peut-être la fin de l'humanité sur terrre. Il n'est dès lors pas très étonnant que ces prévisions, souvent lucides, fassent renaître chez certains individus, la peur de la fin du monde, et les amènent à confier leur sort à des gourous, voire à des extraterrestres... Il note que nous vivons un grand temps de désarroi quant au sens. Beaucoup d'individus se sentent perdus, ou du moins très perturbés, par des évolutions qui paraissent à la fois très rapides et très chaotiques. Il n'est pas imposible que la peur de la fin du monde, pardoxalement rassure, ou même donne quelque jouissance à certains. En effet, le monde, du moins, paraît être une totallité compréhensible. D'autre part, l'idée de fin présuppose un sens. La fin du monde donnerait ainsi le sentiment d'un ordre. Mieux vaudraiit avoir peur de cet ordre, dont on pourrait cependant éviter, pour soi, les inconvénients en se confiant à un gourou, que d'en rester au terrifiant non sens que produit le chaos économique, social et culturel contemporain. La peur de la fin du monde pourrait être l'expression d'un désarroi.

Georges Passerat, historien du Moyen âge, prêtre, et professeur à l'Institut catholique de Toulouse, concentre quant à lui sont attention sur les croisades des Pastoureaux, et, en particulier sur celle qui, passant par Toulouse, au début du quatorzième siècle y a causé de grands massacres de juifs. Il rappelle que les pastoureaux sont étymologiquement des bergers. Leurs croisades sont croisades de gens pauvres, qui répondent à des appels pour la délivrance du tombeau du Christ. Les foules qu'elles assemblent sillonnent la France et quelques régions d'Europe, du nord vers le sud, en s'attaquant systématiquement aux juifs, perçus comme les assassins du Christ, et comme des alliés des musulmans, dont la puissance apparaît très menaçante. Les massacres de Toulouse et de Verdun sur Garonne fournissent des exemples particulièrement effrayants d'un fantasme populaire à la recherche d'un  bouc émissaire. Les Pastoureaux ne sont pas directement inspirés par la peur de la fin du monde, même si des thèmes apocalyptiques se discernent dans leurs préoccupations.  Ils sont plutôt animés par la peur du monde islamique, alors extrêmement puissant, et qui pourrait provoquer la fin du monde chrétien. Dans l'impossiblité où ils sont d'agir effectivement sur le terrain oriental, ils s'en prennent, en France, aux juifs.

La projection d'un extrait des Shadocks, quant à la fin du monde, produit les rires escomptés...

La salle interroge précisément Georges Passerat sur la croisade des Pastoureaux. On veut en savoir davantage sur le contexte, sur la trame des événements. On se demande si cette croisade n'est pas d'abord d'espérance. On la rapproche d'autres mouvements populaires, animés par une espérance naïve, comme celui des anarchistes andalous, qui ont lancé une grève générale, parce qu'ils imginaient que le progrès des connaissances et leur diffusion allait produire immédiatement le bonheur humain partagé. Les violents pastoureaux seraient, en quelque manière, analogues aux pacifistes anarchistes andalous, en ce qu'ils rêvaient d'un sens cohérent, et d'un achèvement heureux. et rapide.

Une intervention radicale fait remarquer que nous avons toutes sortes de raisons pour redouter actuellement la fin de notre monde. La catastrophe nucléaire au Japon, les pollutions chimques; les déréglements climatiques seraient des phénomènes que nous aurions tort de négliger. Nous serions au bord d'un effondement de notre présence sur la terre. On ne saurait trop accuser les politiques qui tendent de détourner de cette conscience, et les citoyens qui se laissent manipuler. L'orateur déplore l'ignorance de beaucoup de gens dans la salle même du vieux Temple, quant à la réalité  des catastrophes qui menacent. Plusieurs interventions critiquent cette position. Certaines personnes manifestent leur conviction que l'on trouvera encore des solutions. D'autres se montrent plus sceptiques.

On s'interroge sur le nombre de gens qui sont, en France, concernés directement par ces craintes apocalyptiques. Yves le Pestipon répond en s'appuyant sur les chiiffres fournis par le site Miviludes.

Un intervenant souligne la jouissance que peuvent éprouver certains, dans le désordre de notre monde, à affirmer connaître, quant à eux, la date de la fin du monde. Ils savent, et les autres ne savent pas... L'intervenant souligne comment cette jouissance, qui aboutit à des effets ridicules, n'en est pas moins réelle. Plusieurs personnes indiquent qu'on peut soupcçonner les médias de grossir le phénomène "fin du monde", par souci de faire du bruit, grâce au sensationnel; On soupçonne même des intentions politiques : détourner l'attention des vrais problèmes.

Yves Le Pestipon propose une analyse de l'évolution historique de la question de la fin du monde.Il montre comment le cartésianisme et la philosophie des lumières ont rendu caduque cette représentation. Il montre comment le XIX siècle a pensé l'avenir en termes de progrès infinis. Il indique que nous avons un retour étonnant du thème de la fin du monde après la seconde guerre mondiale. Il en voit les raisons dans cette guerre même, dans les explosions nucléaires, puis dans la mondialisation, dans les crises qu'elle amène, ou qui l'accompagnent, dans la certitude que l'homme peut désormais détruire son monde, et, probablement, dans le scepticisme quant à la possibilité de comprendre... La fin du monde - et son retour - seraient donc un effet paradoxal d'un mouvement qui aurait fait passer, selon la formule d'Alexandre Koyré, "d'un monde clos à l'univers infini". Nous vivrions le retour à un imaginaire plus ou moins médiéval. A nous de le penser, de le critiquer, de vivre avec, et d'imaginer les voies d'un avenir pour l'humanité.

Le débat s'achève par des citations recueillies et dites par Béatrice Tor.

Les conversations se prolongent autour de quelques verres après dix heures du soir.  

 

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