Chantier de paroles vise à annoncer, discuter, mettre en mémoire, les activités publiques d'un groupe de réflexion qui se réunit à Toulouse, au Vieux Temple, les premiers mercredis de chaque mois, pour débattre et réfléchir.
L’homme est un animal classeur. Il l’est remarquablement en ce que l’on désigne, depuis le dernier siècle, par le mot très ambigu de « culture ». On hiérarchise les œuvres. On discerne des classiques, des chefs d’œuvre, des « nanars », des « petits maîtres », des génies… On hiérarchise plus ou moins énergiquement, et de manières changeantes. On établit, depuis Aristote au moins, des frontières entre les genres ou entre les arts, et on les brouille parfois. On classe pas siècle, plus ou moins « grands », ou par écoles, plus ou moins déterminantes… Qui est ce « on » cependant ? L’École, les bibliothèques, les librairies, les acteurs du champ culturel, mais aussi les lecteurs, les spectateurs, les auditeurs, les visiteurs de musée ont besoin de catégories pour se guider, travailler, goûter les singularités. En ces domaines, il faut sans doute « Penser classer », mais les catégories sont toujours quelque peu arbitraires, toujours discutables, parfois factices, voire senties comme quasi fascistes. Elles imposeraient des grilles. Elles nuiraient à l’expression libre des subjectivités. Elles seraient l’expression d’institutions mortifères, qui imposeraient des frontières et des limites pour tout contrôler… Les critiques seraient les valets du pouvoir, qui serait le « on ».
Nous sommes à un moment de crise de la question des catégories. Google, la tyrannie actuelle des subjectivités, un certain conservatisme, les nécessités sociales, scolaires parfois du classement, un conservatisme ou le goût passionné du neuf se rencontrent de manière confuse et, sans doute, féconde, dans un champ problématique, où chacun se trouve pris et peut-être partagé.
Christian Thorel, qui dirige la Librairie Ombres Blanches, nous proposera ses analyses quant à la situation contemporaine, particulièrement sur les incidences produites par le numérique dans notre environnement.
Yves Le Pestipon, professeur de Khâgne, rappellera quelques éléments d’histoire, et insistera sur la question de l’enseignement des classiques.
Ces deux interventions, assez brèves, viseront à nourrir un débat avec la salle. Chacun pourra faire part de ses questions, de ses expériences, des réflexions qu’il mène. Toute parole est la bienvenue, dès lors qu’il s’agit de nous instruire ensemble.
La séance commencera à vingt heures, mercredi 10 avril au Vieux Temple de la rue Pargaminières à Toulouse. Le débat finira autour de vingt-deux heures. Chacun pourra alors poursuivre les échanges autour d’un verre et de quelques nourritures. L’entrée est gratuite.