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Chantier de paroles vise à annoncer, discuter, mettre en mémoire, les activités publiques d'un groupe de réflexion qui se réunit à Toulouse, au Vieux Temple, les premiers mercredis de chaque mois, pour débattre et réfléchir.

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La peur terrifiante du jeu

 

La peur terrifiante du jeu.

 

 

Texte de Michel Albouy, pour la rencontre du 2 novembre 2011

 

 

 

Pour ce propos, Yves Le Pestipon et Jean-Pierre Nizet m’ont présenté comme joueur et magicien.

Magicien, je l’assume dans la mesure où je me suis intéressé à la magie dès l’âge de huit ans. Il m’arrive de la pratiquer maintenant de temps à autre puisque j’ai eu la chance de la travailler auprès de grands maîtres.

En revanche, si j’ai connu le milieu du jeu et des joueurs, je n’ai jamais été le joueur qui fuit dans l’imaginaire ou qui est prisonnier de son adulation pour le jeu, tel que le présente Pouchkine dans La dame de pique, c’est à dire un joueur passant par tous les stades de la passion dévastatrice, ou encore comme Le joueur de Dostoïevski qui présente une pathologie du jeu, puisqu’il va tenter de se réaliser sur le tapis vert, de se sublimer dans le jeu, une sublimation vers une valeur non reconnue socialement et qui pourrait être analysée comme une volonté de se punir soi même.

Comme je m’arrangeais au contraire pour me trouver toujours du côté des probabilités qui m’avantageaient, je ne sais donc vraiment pas ce qu’est plonger dans l’enchaînement de la lutte et des rechutes, et ceci dans une recherche plus de la punition que celle du risque.

En revanche, j’ai connu un joueur professionnel qui, après avoir gagné sa journée en trichant au poker dans des parties clandestines, courait le soir jusque dans un cercle de jeu pour perdre au jeu du multicolore de façon tout à fait régulière, ce qu’il avait gagné malhonnêtement dans la journée. Et comme il était interdit de jeu, il confiait à un joueur de ses connaissances 300 ou 400 fr (dans les années 70) afin d’aller miser pour lui. Et par une ouverture pratiquée dans le mur, un genre de guicheton, ce joueur invétéré pouvait donc suivre depuis l’extérieur de la salle de jeu (puisqu’il n’avait pas le droit d’y pénétrer) par cette sorte de passe plat, le trajet de la boule de billard et sa course sur les alvéoles pratiquées dans le plateau tournant et destinées à la recevoir. Mais c’était une course qui n’en finissait jamais : quand on pensait que la boule allait s’arrêter, elle semblait au dernier moment prendre de l’élan pour aller s’arrêter 5 ou 6 numéros plus loin après moult hésitations.  Et ce jeu avait le don de lui procurer une jouissance intense et il vivait, me disait-il, un étourdissement qui n’avait rien à envier aux manèges les plus vertigineux. Puis il repartait pratiquement fauché, en maugréant contre la malchance qui le poursuivait !

Cet exemple illustre bien que c’est dans les jeux de hasard et d’argent que le joueur va trouver la peur, la montée d’adrénaline et la délectation, la jouissance extrême. Pour le joueur, les vrais jeux sont les jeux qui font peur, c’est à dire les jeux où toutes les procédures permettent au joueur de voir que la chance existe et de lancer un défi à celle-ci. Mais il faut pour cela que trois conditions soient réunies : que le joueur mise sur de l’argent ou un objet de valeur ; que cette mise, une fois placée ne puisse être reprise, et enfin que l’issue du jeu repose sur le hasard.

Les joueurs entretiennent une perception de contrôle ou de maîtrise à l’égard des jeux d’argent complètement illusoire. Ils se comportent en effet comme si ces jeux nécessitaient des habiletés personnelles qui influent sur le résultat. Dans la poursuite de cet objectif, ils font intervenir des éléments de logique, de superstition, d’observation ou de calcul. Rapidement ils mettent au point des stratégies personnelles (par exemple lire le journal et miser aux courses sur le premier numéro qui saute aux yeux) ou encore adoptent des comportements ritualisés (avoir toujours sa chaîne d’or ou d’argent au poignet), imagine des trucs ou échafaude des systèmes (comme étudier les derniers numéros gagnants pour déterminer sa combinaison) afin d’augmenter ses chances de gagner. Un fait cocasse : au jeu du Craps (avec deux dés), on a remarqué que la plupart des joueurs effectuent un jeu puissant et rapide lorsqu’ils cherchent un point élevé, et au contraire un lancer lent et doux s’ils cherchent un point fable. L’illusion de contrôle se traduit jusque dans l’énergie transmise au poignet (adrénaline dégagée lorsque le dé semble s’immobiliser sur l’arête et retombe enfin en présentant le bon ou le mauvais point.)

Il oublie en fait ou il ignore complètement que c’est le hasard seul qui détermine l’issue des jeux que l’on ne peut ni maîtriser ni prédire. Divers facteurs personnels ou contextuels entretiennent cette illusion. Et lorsque le joueur choisit lui-même ses numéros (loto, loteries, etc.) il oublie complètement que les numéros de son billet n’augment en rien ses chances ou probabilités de gagner car  tout nouveau tirage est indépendant du précédent et tous les tirages le sont des uns des autres.. Or, tous les joueurs se comportent comme s’ils étaient assurés du contraire.

En d’autres termes, la confusion que le joueur entretient sur les parts respectives du hasard et des habitudes personnelles dans les jeux, tient à une erreur cognitive, essentielle : l’ incapacité à tenir compte de l’indépendance entre les événements. Et si le plupart des joueurs comprennent bien en théorie le concept de hasard ou d’événement aléatoire, ils font fi de cette raison sitôt placés dans les situations de jeu. Leur activité cognitive subit des distorsions, emprunte des biais et finit par sombrer littéralement dans l’erreur. Ces écueils s’expliquent par l’illusion d’un contrôle sur des faits qui ne tiennent qu’au hasard. Sans doute ils n’ont pas l’habitude de considérer le hasard comme l’explication juste et plausible d’un événement. Ils ne l’évoquent généralement que dans le cadre d’évènements qui dépassent leurs compétences ou pour faire face à des phénomènes insolites…

Cela dit, les grands pros du poker (comme le Texas Hold’em montré très souvent à la télévision) vous diront : « Seuls les mauvais joueurs croient à la chance et à la malchance. Il n’y a pas de hasard : il n’y a que des probabilités » Ils rejoignent Spinoza qui disait : « Il n’y a pas de hasard, juste une méconnaissance de la loi mathématique qui détermine la probabilité qu’un tirage particulier sorte. » Il s’agit donc pour eux de prendre les bonnes décisions au bon moment et de prendre en main leur destin et donc de transformer le hasard – la fortune bonne ou mauvaise – en un résultat. Ces joueurs estiment que le poker les a fait progresser professionnellement dans leur capacité de négociation autrement dit dans l’art du rapport de force. Et les pros vous diront que ceux sont toujours les mêmes qui gagnent les tournois.

Mais entre pros le hasard est là, bien là. L’hypothèse première ne s’effondre pas pour autant. Le hasard insiste : au tournoi de Las Vegas en 2010, Matt Affleck a une probabilité de 79 % de gagner la demi finale. Son adversaire le suit et découvre à la dernière carte un huit qui le fait gagner. Matt Affleck est hébété. Les probabilités le donnaient pourtant gagnant. Il s’arrête pour se taper la tête contre une porte, erre comme un zombie dans les couloirs de l’hôtel. En somme, il est assassiné en direct. Il ne s’est jamais remis de ce coup du sort qui, contre toute probabilité, l’a fauché en pleine gloire alors qu’il allait disputer la finale avec 9 millions de dollars à la gagne. En fait une probabilité mathématique existe d’être chanceux ou malchanceux toute sa vie durant !

Terminons par ce dicton qu’un vieux joueur avait coutume de proclamer devant une cinquantaine de joueurs lorsqu’il lançait les dés, tout en se regardant dans une glace et vérifier si sa cravate était toujours correctement en place :

« Le jeu est une sale et triste ressource

Qui brise les cœurs et qui délie les bourses »

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Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-29. - THÉORÈME GOTIT. - 6 ÉNIGMES JEUX HASARD.
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Mon Blog(fermaton.over-blog.com),No-22, THÉORÈME CONTACT- LA LOTO($).
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