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Chantier de paroles vise à annoncer, discuter, mettre en mémoire, les activités publiques d'un groupe de réflexion qui se réunit à Toulouse, au Vieux Temple, les premiers mercredis de chaque mois, pour débattre et réfléchir.

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Les mots me manquent : léger bilan

Jean-Pierre Nizet introduit la séance, présente les intervenants, suggère quelques pistes devant un public de soixante dix personnes. Le thème du jour -  les mots me manquent - l'intéresse comme pasteur théologien et comme acteur du mouvement social.

 

Yves Le Pestipon, professeur de littérature et écrivain, fait un petit exposé d'un quart d'heure. Il indique d'abord que l'homme est cet animal auquel des mots manquent. L'homme a conscience de l'imperfection de son langage, de ses langues, et de la maîtrise qu'il en a. Il invente des mots, il les transforme. Il désire aux mots, par les mots, d'autres mots. Cela le distingue des animaux, qui parlent, un langage parfait. Cela l'amène à produire des usages littéraires de ses langues, qui sont autant d'expériences consciente du manque aux mots, du désir à la fois de le combler, et de le vivre comme tel, singulièrement en poésie. Dès lors, l'expérience du professeur de littérature est contradictoire, puisqu'il doit d'un côté faire sentir et apprécier l'humanité de ce manque aux mots, et, d'un autre côté, aider des jeunes gens à acquérir des mots, à les employer effiacement, pour mieux vivre en société. La question du manque de mots est, en effet, aussi une puissante question sociAle. Qui manque de mots, et qui ne parvient même pas à formuler comment les mots lui manquent, se trouve en effet rendu peu apte à la jouissance de soi et du monde en société. On le voit tous les jours. Cela engendre désespoir, vioilences, incertitudes, échecs de toutes sortes. Le travail de l'éducation démocratqiue est donc, s'il a un sens, de faire accéder le plus grand nombre possible de citoyens à l'abondance des mots. Très souvent, on ultilise la littérature, qui fournit des modèles.; Mais il ne faut pas oublier que la littérature n'est pas pas faite pour cet usage.  D'où nécessité d'inventer chaque jour une manière d'employer sa conscience créatrice des mots qui manquent pour inventer leur désir actif. L'Orateur propose divers exemples, se moque de sa propre pratique, et invite à la poésie.

 

Sébastien Lespinasse, poète sonore, propose d'abord deux de ses poèmes qui mettent en oeuvre la question et notre position dans le monde et dans le langage. Il fait sonner dans la salle du VIeux Temple cette question: "où sommes nous "? 

Il poursuit alors la réflexion d'Yves Le Pestipon, sur ce que Mallarmé nomme le "défaut des langues". Il en montre l'universalité, et la dimension quotidienne. Il raconte quelques histoires. Il montre comment le poème lui vient d'un manque aux mots, de mots qui manquent, mais aussi de l'excès de mots. Il donne quelques exemples de cette prolifération dans sa pratique. Il insiste aussi sur la dimension sociale de la question, puiqu'il enseigne dans des collèges, où les gamins manquent de mots. Il finit son exposé par un nouveau poème sonore.

 

Jean-Pierre Nizet donne la parole à la salle. Des questions et des remarques fusent de toutes parts. Visiblement, le manque de mots suscite une grande profusion.

Plusieurs interventions portent sur l'école et la dimension sociale de la question. Les problèmes liés aux immigrations sont évoqués. Yves Le Pestipon développe des remarques sur la situation de l'étrangeté dans la langue de l'autre. Il évoque la nécesité,pour chacun, de devenir étranger dans sa propre langue, par l'apprentisage des diverses langues de sa langue.  On convient du caractère trop étroit souvent de la conception normative de la langue, qui entraîne manque et frustrations. 

 Plusieurs inteventions abordent la question de la science et des mots qui lui manquent.  Jean-Paul Malrieu et Marc Atteia proposent diverses réflexions sur l'invention verbale dans le langage scientifique.

La dimension théologique du problème est abordée. On rappelle comment les juifs inscrivent le manque du nom de Dieu dans le nom de Dieu même. Plusieurs interventions tournent autour de la tour de Babel.

Des témoignages personnels viennent conforter l'idée de la difficulté et du bonheur qui existent à éprouver le manque de mots.

La discussion parfois éclate, parfois cristallise. Chacun parle en toute liberté..  Les échanges se poursuivent jusqu'à vingt deux heures, et, parfois au delà.  

Nul n'a, selon la formule de Flaubert,  la "rage de conclure".

      

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